La violoniste Edwige Farenc sera sur la scène du Kiwi à Ramonville le mardi 12 mai à 20h pour le concert Entre Nocturne et Tango. Aux côtés de Coline Berland, Claire Pélissier et Gaël Seydoux, elle proposera un voyage musical entre Wolfgang Amadeus Mozart, Alexandre Borodine et Astor Piazzolla.
Membre de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse depuis 1998, la musicienne évoque son parcours, sa passion pour la musique de chambre et sa vision du spectacle vivant.

Formée au Conservatoire de Dijon puis au Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon, où elle obtient un premier prix de violon, Edwige Farenc poursuit ensuite ses études aux Pays-Bas, à Utrecht, auprès du violoniste Viktor Liberman. Très tôt, elle intègre de grandes formations européennes comme l’Orchestre des Jeunes de l’Union Européenne ou l’Orchestre Gustav Mahler avant de rejoindre, en 1998, l’Orchestre national du Capitole de Toulouse.

Pourtant, la vocation ne s’est pas imposée immédiatement. La violoniste évoque des rencontres décisives dans son apprentissage.

« Dans mes années lycée, j’ai eu la chance d’avoir Marie Béraud comme professeur de violon. C’est quelqu’un qui a changé ma vie. J’ai recommencé le violon un peu à zéro avec elle. Elle m’a aussi permis de rencontrer Jean-Jacques Kantorow lors d’un stage d’été. Voir des musiciens se donner entièrement à la musique, donner leur âme en jouant, ça a été un moment très fort pour moi. C’est là que j’ai compris que c’était vraiment ce que je voulais faire de ma vie. »

Depuis plus de vingt-cinq ans au Capitole de Toulouse, Edwige Farenc décrit le métier de musicien d’orchestre comme une expérience humaine autant qu’artistique.

« Être musicien d’orchestre, ça fait partie de ces métiers qui sont plus qu’un métier. Comme la médecine ou l’enseignement, ce sont des activités qui vous définissent profondément. L’orchestre, c’est une communauté. On devient en quelque sorte l’instrument d’un chef d’orchestre. C’est une expérience collective assez unique. »

Mais parallèlement à cette vie orchestrale, la violoniste défend depuis toujours la musique de chambre, notamment au sein des Clefs de Saint-Pierre. Une pratique qu’elle décrit comme plus intime, plus libre aussi.

À l’origine, rappelle-t-elle, la musique de chambre désignait une musique jouée dans des espaces privés, par opposition aux grandes œuvres religieuses destinées aux églises.

« C’est une musique faite pour peu d’instrumentistes et sans chef d’orchestre. On reprend la main sur les choix musicaux, sur le tempo, sur l’interprétation. On est plus exposé aussi, parce qu’on est seul sur sa partie. Mais cette autonomie apporte énormément. »

Le quatuor à cordes reste, selon elle, la formation reine de cette discipline.

« Il existe un répertoire incroyable pour quatuor à cordes. C’est une formation fascinante parce que chacun apporte sa personnalité, son écoute, sa sensibilité. C’est un dialogue permanent. »

Pour le concert Entre Nocturne et Tango, Edwige Farenc partagera la scène avec Coline Berland au violon, Claire Pélissier à l’alto et Gaël Seydoux au violoncelle. Tous se connaissent principalement à travers l’orchestre, mais chacun apporte un univers musical différent.

« Coline Berland est plus jeune que moi, elle a étudié au Québec, et cette différence de génération est intéressante dans le travail. Claire Pélissier a aussi une expérience du jazz, ce qui apporte une autre approche musicale. Quant à Gaël Seydoux, il a travaillé en Italie et participé à des enregistrements de musique contemporaine. Chacun apporte sa pierre à l’édifice et surtout une vraie bonne humeur. »

Le programme du concert reflète cette diversité. Entre classicisme viennois, lyrisme russe et rythmes argentins, le fil conducteur reste la danse et le mouvement.

Le quatuor de Wolfgang Amadeus Mozart occupe une place particulière dans le programme. Edwige Farenc souligne la singularité de cette œuvre écrite en ré mineur.

« Mozart est souvent associé à une forme de légèreté, mais ce quatuor montre une autre facette. Il y a quelque chose de dramatique, presque théâtral. On sent déjà une ouverture vers le romantisme. Dans le menuet notamment, le “sourcil est froncé”, ce n’est pas une danse légère. »

Autre univers avec le Notturno d’Alexandre Borodine, célèbre extrait du deuxième quatuor du compositeur russe. Médecin et scientifique de formation, Borodine n’était pas musicien professionnel, mais il a laissé quelques œuvres marquantes.

« Ce quatuor possède un talent mélodique incroyable. C’est une musique qui se chante. Le violoncelle y tient une place magnifique, avec beaucoup de dialogues entre lui et le premier violon. C’est une musique extrêmement lyrique. »

Enfin, le concert se conclura avec Four for Tango d’Astor Piazzolla, pièce écrite pour le Kronos Quartet. Une œuvre physique, intense, où les musiciens utilisent leurs instruments de manière inhabituelle.

« Piazzolla réussit quelque chose d’extraordinaire : il transforme une musique populaire née dans les bas-fonds argentins en une musique de concert sophistiquée. Il y a des rythmes très marqués, des glissandos, des effets percussifs sur les instruments. C’est très physique à jouer. »

Au-delà du concert lui-même, Edwige Farenc s’interroge aussi sur la place de la musique classique aujourd’hui. Elle estime que cette musique souffre parfois d’un manque de médiation et d’accessibilité.

« Beaucoup de gens pensent encore que la musique classique n’est pas faite pour eux. Pourtant, l’émotion musicale est universelle. On n’a pas besoin de connaissances pour être touché par une œuvre. »

La musicienne regrette également le manque de salles adaptées aux musiques acoustiques et la saturation des conservatoires, qui limite parfois l’accès à la pratique musicale.

Enfin, interrogée sur l’intelligence artificielle et le spectacle vivant, elle défend avec conviction l’expérience irremplaçable du concert.

« Chaque concert crée un micro-monde unique entre les musiciens et le public. L’écoute des spectateurs influence notre manière de jouer, notre investissement émotionnel. Tout cela est éphémère, vivant, impossible à reproduire artificiellement. »

Le rendez-vous est donné mardi 12 mai à 20h au Kiwi à Ramonville pour Entre Nocturne et Tango, un concert qui promet autant de virtuosité que d’émotion.